Où sont nos bonnes rasades d’autrefois celles que ma grand‑mère bretonne appelait avec ses processions en sabots et que mon oncle Benjamin, vieux paysan, tentait d’obtenir en tirant dans les nuages comme un chasseur de miracles
Aujourd’hui, les nuages désertent, le viseur ne sert qu’à viser le vide,
Et les seules gouttes qu’on récolte sont celles qui dégoulinent du front.
La journée reste dans le noir, le soir dans la chaleur,
Et moi dans un ennui qui fond comme une glace oubliée
Je tue le temps, à moins que ce soit lui qui me découpe en tranches.
Ah si, quand même :
la télé nous souffle un conseil,
dans la bouche d’un beau blond en costume chemise, stoïque comme un saint des studios.
« Prenez patience », qu’il dit.
Le pôvre, il fond lui aussi derrière son sourire.
Alors je résiste, tant bien que pleut, et je me répète :
La pimbêche avançait d’un pas chaloupé, comme si chaque mouvement devait être applaudi par un public invisible.
Autour d’elle, l’air semblait obombré, légèrement assombri par son ego qui faisait de l’ombre même aux réverbères.
Elle aimait pérégriner dans les rues, non pour marcher, mais pour être vue.
Parfois, elle s’arrêtait pour lambiner, juste assez pour que quelqu’un remarque son parfum melliflu, doux comme du miel
Un sourire fugace, apparaissant puis disparaissait comme des papillons mal décidés.
Il était cryptique, caché, un petit code secret que personne n’avait jamais réussi à déchiffrer.
Elle parlait peu, mais quand elle parlait, c’était pour évoquer quelque arcane, mystérieux secret dont elle prétendait détenir la clé, probablement perdue dans son sac à main.
Son ombre, longue et lugubre, la précédait comme un avertissement dramatique
Et parfois, au coin d’une ruelle, une nitescence, belle lueur rayonnante, semblait s’accrocher à elle, comme si la nuit ne voulait pas la prendre au sérieux.
Dans le quartier on disait qu’elle avait un cœur diabolique, profond, enfoui quelque part sous des couches de maquillage et de certitudes.
Mais quand elle se retournait, avec ce port de tête sérénissime, on ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle jouait un rôle, et que derrière la pimbêche , il y avait peut-être une femme qui cherchait simplement à briller un peu plus que la nuit.
Dans un petit village où les gens se plaignent par tradition (presque un sport local), vit Élise, une femme atteinte d’un trouble rare : l’adaptation hédonique fulgurante. * Nota ci-dessous
Tout ce qui lui fait plaisir… cesse de lui faire plaisir au bout de 48 heures.
Un bouquet de roses ?
Deux jours plus tard, elle les regarde comme des brocolis.
Un gâteau au chocolat ? le soir même, elle trouve que ça “manque de personnalité
Un compliment ?
Elle l’oublie avant même d’avoir fini de sourire
. Une nouvelle robe ?
La semaine suivante elle la trouve démodée.
Alors Élise décide de mener une enquête :
où disparaît la joie quand elle s’en va si vite ?
Elle interroge son chien Luna, Shi Tzu
Il ne répond pas,
Son voisin Psycho
Il lui répond trop,
Et même la vieille horloge qui, selon la rumeur, garde les émotions en retard,
n’ayant pas été remontée, reste silencieuse
Un soir, elle découvre que la joie ne disparaît pas : elle se cache.
Dans les plis du rideau, dans les miettes du pain, dans les chaussures qu’on enlève en rentrant, dans mille choses qui semblent être invisibles.
Elle comprend que le plaisir n’est pas un feu d’artifice, mais une petite lampe qu’il faut rallumer chaque jour.
Et pour la première fois, au lieu de chercher un grand bonheur, elle se met à collectionner les minuscules : le bruit du café, le chien du voisin qui éternue, la lumière qui fait un carré parfait sur le carrelage.
Son adaptation hédonique ne disparaît pas…
Mais elle apprend à déjouer son propre cerveau et devient une chasseuse de micro‑joies.
Un matin de printemps, je me rendais à mon atelier d’écriture, lorsque à l'abord d’un rond-point, dans un coin de campagne, j’ai aperçu deux chiens, de taille, couleur et race très différentes, mais en commun ils avaient un air de curieux aventuriers et surtout semblaient être deux compagnons en goguette, on sentait une sorte de communion entre eux. Je n’ai pas eu le temps de les prendre en photo, mais ils ont imprégné ma rétine à défaut de ma pellicule.
Cela m’a inspiré cette petite nouvelle.
Azor et Utack en ont assez d’ouïr leur maître et maîtresse élucubrer, tous les mercredis, et délirer sur des mots qu’eux, quatre pattes ne comprennent pas.
En effet ils ne perçoivent, pour tout vocabulaire, que quelques ordres ou amabilité, selon le ton:
et les conciliabules hebdomadaires, les mercredis,
de leurs maitres, écrivailons , ne les intéressent pas.
Ils en ont d’ailleurs ras le bol, car pendant ce temps, ils sont abandonnés.
Aussi ils ont décidé de se venger, et ce matin, ils ont pris le large.
Ils s’étaient donné rendez-vous grâce
au langage bien connu de leur signe cabalistique :
La queue trois fois à droite et une fois à gauche :
ça veut dire on décampe….
La rencontre avait eu lieu exactement, près de ce rond-point, où il y a un réverbère, devenu un lieu de rencontre pour toutous.
La vie est belle, le soleil est au rendez-vous, et pleins de phéromones les appellent.
Là, justement, devant la maison rose, cette joueuse Chihuahua ferait bien l’affaire !
Mais elle est habillée trop chic, et de surcroit sa maitresse la tient avec une laisse dorée, tout en gardant un œil vigilant.
N’insistons pas ce n’est pas pour nous !
Hop ! Traversons, ouf ! La voiture ! mais c’est un dingue qui conduit !
Il a failli me raser le museau !
Soyons vigilant, abordons la campagne ce sera plus facile,
et là on trouvera plus à notre gout.
Un confrère, Golden, puissant, nous adresse un signe et viens sentir nos testicules, mais sans agressivité, il passe son chemin…
Une écuelle attire notre regard, ou plutôt notre odorat, miam-miam cela sent bon la saucisse…
Une approche sournoise, mine de rien et vlan !
Essayons de happer vite fait, mais un jappement furieux, Whouaf -Whouaf nous arrête, et là une déesse paraît, une Bergère allemande, musclée et harmonieuse, nous laisse pantois.
Elle est furax, puis, remarquant notre charme, sa fureur s’estompe et ses grands yeux en amande semblent nous inviter… mais voilà lequel choisir…
Lors, la jalousie semble nous visiter, non ce n’est pas possible, nous ne voulons pas briser notre vieille amitié, alors nous repartons vers d’autres aventures, sous le regard déçu de la remarquable beauté.
Il nous faudrait deux sœurs, mais cela existe-t-il vraiment, deux frangines vivants ensembles dans le même foyer ?
Ah si nous savions pianoter sur internet, peut-être là, en trouverions nous quelqu’une !
Mais pour nous il n’en est pas question.
Alors continuons.
Dans cet immense parc aux grilles en fer forgé, une superbe Barzoï noble et magnifique, telle la belle Hélène de la Grèce antique, nous salue de son regard doux et vif, semblant envier notre esprit d’escapade…
mais elle est emprisonnée, et l’escalade des grilles nous semble périlleuse…
Courage prends nous …
Mais quand allons-nous trouver l’âme sœur recherchée ?
Moi, Utack, je veux y renoncer vu les difficultés que nous avons eues jusqu’ici, mais Azor est rempli d’une acharnée volonté, et de plus il n’aime pas capituler.
Alors nous voici repartis, la queue en trompette courant dans les prairies.
Des aboiements au loin attirent notre intérêt…
Apparait soudain une immense bâtisse, elle semble insolite dans cette rase campagne, car elle ressemble à une sorte de prison…des barreaux à toutes les fenêtres ?
Mais rien ne nous rebute, notre flair, notre instinct prescient,
nous dit que nous sommes sur la bonne piste
et nous incite à la visiter !
Finauds nous nous glissons, entre quatre planches pourries qui servent de clôture.
Et là, aubaine, près d’un abri, deux chiennes se cachent,
race identique, à la nôtre , celle des corniauds…
probablement. filles d’un mâtiné ayant couvert une chienne de race, engendrant des chiots à profusion, délaissés par des maîtres ingrats, c’est probablement ainsi que ces deux rescapées se retrouvent dans ce semblant de chenil…
Car c’en était un, isolé, perdu abandonné, loin de tous les regards et toutes âmes qui vivent .
Lors, prenant notre courage à deux pattes, illico, nous les adjurons de nous suivre.
Et les pauvrettes, affamées, amaigries, aussitôt, allègrement empruntent notre pas conquérant.
Ce sont de vraies jumelles, identiques et jolies…
Dans l’instant, pas question de gaudrioles, nous remettrons tout cela à un autre jour, et rapidement, nous voilà revenant avec nos deux captives consentantes et ravies…
Chacun avec notre chacune, droit dans nos niches respectives, et là, sagement nous attendrons le retour de nos maîtres, inquiets, à notre recherche…
Sachant bien que trop heureux de nous retrouver,
ils accepteront nos originales compagnes…
Et c’est ainsi que Jarjille alias Jacotte et Roger alias Lagavulin
ont eût en supplément deux bouches inouïes à nourrir….
Cela leur permettra certainement, d’inventer une histoire à écrire en compagnie de tous leurs comparses de l’atelier d’écriture , réunis un prochain mercredi, laissant encore leurs chiens et toute leur nichée ….
Lors, ceux-ci ne sentiront plus abandonnés ayant fort à faire avec leurs rejetons
Elle est étrange, oui, mais d’une étrangeté qui fait sourire. Cheveux noirs, chapeau de travers, elle flotte sur ses pompes comme si la gravité avait décidé de lui foutre la paix.
En fait, elle en impose
On dirait une pieuse bigote, tirée à quatre épingles, mais une bigote qui aurait oublié d’être ennuyeuse. Elle vit dans son nuage personnel, descend sur terre quand ça lui chante, avec son parapluie en bandoulière, prête à secourir les enfants abandonnés par leur nourrice
C’est tout un poème, cette pimpsouée.
Les gamins l’adorent, et elle le leur rend bien : un clin d’œil, un bonbon empoisé d’ipomées ,
ça très sérieux et ça les fait rire
Elle passe, elle trotte, elle papillonne, s’épuise et derrière elle, les soucis se font tout petits, comme s’ils craignaient son chapeau de travers.
Ah, ce qu’elle est chouette, cette Mary‑Pimpsouée.
Dans les herbes folles voici l’épopée d’une pipeuse,
au look incomparable, empesée du col jusqu’aux morpions.
Avec elle, vivre est tout un poème.
C’est la pépée des clairières, des friches ensoleillées,
des talus où règnent les ipomées.
Si elle est religieuse, on ne peut dire qu’elle soit pieuse.
Cette charmante épouse adore se hisser sur ses grandes pompes
pour aguicher son mâle… puis, mœurs particulières,
lui couper la tête pour mieux s’accoupler.
Et à cela jamais ne s’épuise,
car madame peut pondre deux à trois cents rejetons
sans même froisser une antenne.
Le vent en poupe, ce tigre d’herbe dévore, anéanti tout ce qui passe.
se fait une Mouise de bourdons.
elle ne joue pas au criquet, elle les mange.
C’est une carnivore.
Elle impose sa loi.
Vous l’avez reconnue :
c’est une Mante religieuse.